Témoins de l’espérance au cœur des collines : une retraite en Haïti entre silence, prière et joie consacrée
Par-delà les collines de Lévy, dans la commune de Camp-Périn, au cœur de la nature haïtienne, s’est vécue une expérience spirituelle unique qui restera comme une référence pour comprendre la vie consacrée : entre conversion permanente, mission prophétique et témoignage d’espérance. Du lundi 25 au dimanche 31 août 2025, les Sœurs de la Charité de Saint Louis (SCSL) et les Salésiens de Don Bosco (SDB) ont plongé ensemble dans le silence et la prière d’une retraite annuelle, guidés par le Révérend Père Adonaï Jean Juste, C.Ss.R.
Un cadre de grâce : Lévy, collines et orphelinat
Arrivés.es dès le lundi après-midi, les retraitants.es ont découvert ou retrouvé la maison de l’orphelinat des Sœurs de la Charité de Saint Louis, entourée de petites collines. Ce décor naturel, sobre et apaisant, est devenu le théâtre d’une semaine dense de méditations et de célébrations. Comme pour dire que, même dans un pays secoué par tant de blessures, la beauté de la création demeure un signe de la tendresse de Dieu.
Lévy, petit village de Camp-Périn dans la ville des Cayes, a offert plus qu’un cadre : il a rappelé la dimension biblique des déserts et des collines, lieux de rencontre intime avec le Seigneur.
Une retraite habitée par le cri d’Haïti
Chaque jour, à 11h15 am, l’Eucharistie rassemblait la communauté, et à 9h00 pm, l’adoration eucharistique unissait les cœurs dans le silence de la nuit. Mais jamais la prière n’a été enfermée dans les murs de la chapelle. Haïti toute entière était là, portée dans les supplications.
Les zones en grande difficulté — Gros-Morne, Las Cahobas, Port-au-Prince et ses environs, Petite-Rivière de l’Artibonite — ainsi que les déplacés.es, les familles en deuil, les jeunes happés.es par la spirale des gangs, tous.tes étaient confiés.es au Christ vivant. « Nul homme n’est trop loin pour Dieu », rappelait la Bible au cœur de ces veillées. Même les dirigeants.es du pays furent confiés.es à la miséricorde divine, avec l’espérance que Dieu dilate leurs entrailles pour gouverner avec justice et compassion.
Conversion et consécration : le fil rouge des méditations
Le thème choisi donnait le ton : « Témoins de l’espérance sur le chemin de la conversion et de la consécration dans la mission, à l’instar de Marie ».
Chaque jour, le Père Adonaï Jean Juste a livré une méditation profonde, ancrée dans la réalité haïtienne mais ouverte à l’universel. Six jours durant, les matinées et après-midis ont exploré la conversion permanente, la consécration mariale, la mission prophétique et les défis concrets de la vie religieuse.
Quelques accents marquants :
- La conversion n’est pas un événement ponctuel, mais un chemin quotidien, une reconfiguration du cœur à l’Évangile.
- La consécration s’inspire de Marie : son fiat à l’Annonciation, sa sollicitude à Cana, sa fidélité au pied de la Croix, son espérance au Cénacle.
- La vie consacrée est prophétique : signe de l’au-delà, signe de gratuité, signe d’unité, signe de conversion, signe des Béatitudes.
- Les trois défis évangéliques — pauvreté, chasteté et obéissance — ne sont pas des contraintes mais des thérapies spirituelles pour l’humanité d’aujourd’hui :
- la chasteté, réponse prophétique dans une société qui banalise la sexualité ;
- la pauvreté, solidarité active avec les petits et les marginalisés.es, rappel que Dieu seul est richesse ;
- l’obéissance, liberté enracinée dans la volonté de Dieu, source de convictions solides.
À travers ces enseignements, les SCSL et les SDB ont été invités.es à redevenir phares de lumière et d’espérance pour un peuple qui cherche à respirer sous le poids de ses épreuves.
Quand le silence se laisse traverser par la joie
La retraite fut marquée par deux anniversaires célébrés… en sourdine. Le 26 août, celui de Sœur Marie Yvelle Brunache ; le 29 août, celui de Sœur Jeannette Léon. Comme l’évangile le rappelle, « peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? » Peut-être que Jésus aurait souri devant ce paradoxe : des Salésiens de Don Bosco — dont la spiritualité est joyeuse par essence — appelés à taire les chants et rires d’anniversaire par respect du silence ! Un clin d’œil d’humour qui rappelle que la vie religieuse est aussi faite de contrastes.
Une communion de communautés
La richesse de cette retraite tenait aussi à la diversité des présences. Les Sœurs venues de Côte de Fer (Sœur Violette Sévère et Sœur Pharas Silencier ), Aquin (Sœur Josette Jeune, sœur Gisèle Léandre, Sœur Vanita Pierre-Louis et Sœur Altagrâce Compère ), Lévy (Sœur Junia Monpoint ), Sainte Famille (Sœur Rachel Desravines, Sœur Marie Ste Anne Dérolus, Sœur Carole Pierre-Villus, Sœur Léronima Dumé ), École Normale (Sœur Marie Yvelle Brunache, Sœur Marie Clémence Porcélus ), Jérémie (Sœur Perpétue Irilan-Maxime, Sœur Valencia Mathieu, Sœur Angelia Paul ), Camp-Périn (Sœur Méry Espérance et Sœur Hollanda Laforêt ), C.I.F (Sœur Jeannette Léon), Petite-Rivière de l’Artibonite (Sœur Anne Marie Lamarque) ont rejoint les Salésiens de Don Bosco, Bergeaud/CDAM, deux prêtres salésiens — les Pères Garry Joseph et Mytilien André — ont aussi participé activement, apportant leur fraternité.
Cette diversité rappelait que la mission consacrée est toujours ecclésiale : différentes communautés, différents charismes, mais un seul cœur tourné vers Dieu et les jeunes, vers les pauvres et la mission.
Une expérience pour l’Église et pour le monde
En clair, la retraite de Lévy n’a pas seulement été une semaine de silence et de prière. Elle a été un acte prophétique posé au cœur d’Haïti.
Dans un pays souvent décrit comme étouffé par la violence, la misère et l’instabilité, des hommes et des femmes ont choisi de se retirer, non pour fuir, mais pour se convertir, se ressourcer et revenir comme témoins de l’espérance.
La vie consacrée n’est pas une vie en retrait du monde, mais une vie offerte pour le monde. Ces religieuses et religieux, en s’enracinant davantage dans leur vocation, rappellent à l’Église et à la société que d’autres manières de vivre sont possibles : la gratuité, la solidarité, l’amour universel, l’obéissance à un projet plus grand que soi.
Et si le monde les juge parfois « irréalistes », peut-être est-ce justement parce qu’ils.elles incarnent la Réalité la plus profonde : celle de Dieu, qui rend possible l’impossible.
Un mot final : l’espérance comme contagion
Au terme de cette semaine, une certitude s’impose : l’espérance n’est pas un luxe en Haïti, elle est une urgence. Et les consacrés.es, en s’inspirant de Marie, sont appelés.es à être les artisans.es de cette espérance contagieuse.
Dans les collines de Lévy, un souffle nouveau s’est levé. Il appartient désormais à chaque Sœur, à chaque Salésien, d’emporter ce souffle dans son quotidien, ses communautés et ses missions. Et peut-être, en regardant ces témoins, l’Église universelle comprendra mieux qu’en Haïti, même au milieu des blessures, Dieu continue d’écrire son histoire de salut.
Par le R.P. Mytilien A., sdb













