Genre et Équité au CDAM : Quand la Formation Professionnelle apprend aussi à transformer la société
Il y a des conférences qui informent, d’autres qui questionnent, et puis il y a celles qui bousculent doucement les consciences, comme on réajuste une porte qui grinçait depuis trop longtemps. Ce lundi 22 décembre, au Centre de Formation Professionnelle (CFP) du CDAM, les étudiants.es finissants.es ont vécu l’une de ces rencontres précieuses, autour d’un thème qui touche la vie, la famille, le travail et la dignité humaine : « Genre et équité ».
La conférencière, Mme Juliana Joseph, a ouvert la séance avec un sourire franc et une parole claire : comprendre le genre aujourd’hui, ce n’est pas « opposer les femmes et les hommes », mais ouvrir un espace de liberté, de responsabilité et de respect pour chacun.e. Comme elle l’a rappelé :
« Parler du genre, ce n’est pas seulement parler des hommes et des femmes, mais des rôles et des attentes que la société construit autour d’eux »
Autrement dit : on naît avec un sexe biologique… mais le genre s’apprend, se reproduit, se questionne et peut aussi se transformer.
Déconstruire les stéréotypes, pour libérer les talents
Avec humour, mais aussi avec une lucidité très actuelle, la conférencière a évoqué ces phrases que l’on entend encore trop souvent en Haïti :
« Un homme ne pleure pas ».
« Les femmes ne savent pas diriger ».
« Ce métier n’est pas pour une fille ».
Ces clichés, répétés parfois sans méchanceté, finissent pourtant par enfermer des jeunes talents dans des cases trop étroites. Comme le souligne la conférencière :
« Tant que les rôles sont imposés, les talents restent cachés »
Et au CDAM, où l’on forme des techniciens.nes, des professionnels.les, des artisans.es, des futurs.es entrepreneurs.euses, cette question prend une dimension particulière :
- Pourquoi une jeune femme brillante en électricité, en Construction Bâtiment, en Ébénisterie… devrait-elle être découragée ?
- Pourquoi un jeune homme passionné par le Bar Restauration, Arts Ménagers… devrait-il être jugé ?
La formation professionnelle n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie.
Elle est aussi un chemin d’émancipation et de reconnaissance sociale.
Genre et équité, au cœur de l’Insertion Professionnelle
La conférence a permis aux participants.es de réfléchir sur les réalités suivantes :
- inégalités salariales persistantes ;
- sous-représentation des femmes dans certains métiers techniques ;
- manque de femmes dans des postes décisionnels ;
- discriminations implicites lors des recrutements.
Les étudiants.es finissants.es ont partagé des témoignages de terrain, parfois touchants, parfois révoltants, preuves que le machisme, sous ses formes visibles comme invisibles, demeure un défi quotidien.
Mais ici, la conférence n’a pas cherché à culpabiliser.
Elle a ouvert des pistes d’action concrètes, comme le mentionne la conclusion :
- promouvoir une éducation sensible au genre ;
- former les encadrants.es à reconnaître les stéréotypes ;
- encourager les femmes à assumer des responsabilités ;
- impliquer les hommes dans la lutte pour l’égalité.
Parce que l’égalité n’est pas un combat d’un groupe contre un autre,
c’est un travail commun, pour une société plus juste et plus fraternelle.
Former la tête… et transformer les mentalités
La rencontre a également rappelé une évidence éducative :
On peut former un.e excellent.e technicien.ne…
mais si l’on ne forme pas aussi la conscience,
on risque de reproduire les injustices dans le monde du travail.
Au CDAM, le message est clair :
- apprendre un métier ;
- développer la compétence technique ;
- mais aussi cultiver la dignité, la collaboration et le respect mutuel.
Car l’entreprise de demain ne peut se construire sans équité :
- égalité salariale ;
- promotion basée sur les compétences ;
- prévention des discriminations ;
- climat de travail inclusif.
Une société qui exclut une partie de ses talents…
se prive de son propre avenir.
Humour discret… mais réaliste
À certains moments, l’assemblée a souri, comme lorsqu’on a évoqué ces situations très « haïtiennes », où l’on demande encore :
« Mais pourquoi une fille choisirait l’électricité ? »
« Et pourquoi un garçon voudrait étudier le Bar Restauration ou enseigner au jardin d’enfants ? »
La réponse est simple, et libératrice :
- Parce que la compétence n’a pas de genre.
- Parce que la passion professionnelle n’a pas de sexe.
Et, comme le rappelle la conférencière,
« L’égalité de genre n’est pas un combat contre quelqu’un, mais un combat pour tout le monde ».
Remerciements, Reconnaissance et Engagement
Un immense merci à :
- Mme Juliana Joseph, pour la clarté, la profondeur et la sensibilité de son intervention ;
- chaque étudiant.e/participant.e, pour ses questions, ses réflexions et son ouverture d’esprit ;
- notre partenaire Via Don Bosco, dont l’engagement éducatif et humain rend possibles ces initiatives porteuses d’avenir.
Grâce à ces espaces de réflexion, la Formation Professionnelle devient aussi un lieu de transformation sociale.
Un souhait… un rêve… une responsabilité collective
Que cette conférence ne reste pas un simple moment académique, mais une graine d’espérance semée dans les cœurs.
Nous rêvons d’une Haïti où :
- il y a une prise de conscience individuelle ;
- les stéréotypes sont déconstruits dès l’éducation ;
- les actes sexistes, même ordinaires, sont reconnus et signalés ;
- les entreprises promeuvent l’équité salariale et professionnelle ;
- les lois et les institutions soutiennent l’égalité réelle.
Car une société juste ne se construit pas en un jour…
mais elle commence toujours par un pas.
Et ce jour-là, au CDAM, un pas important a été franchi.
Que cette conférence continue de nourrir la réflexion,
d’inspirer des engagements,
et d’encourager une jeunesse consciente, responsable… et solidaire.
Par le R.P. Mytilien A., sdb











